La vérité sur le Djihad

Le mot "Djihad" est aujourd'hui employé à tort et à travers, avec souvent une connotation fortement négative, voire terrifiante, sur fond de terrorisme « islamique » et d'attentats suicides .Il est temps de préciser la véritable signification spirituelle du "Djihad".
Mais avant d'entrer dans le vif du sujet il faut prendre au sérieux les dangers que les commentaires arbitraires des textes sacrés pourraient provoquer. Chaque individu peut lire le Coran, les Évangiles, et la Thora, mais quiconque ne peut les interpréter, car chacun projette ses états d'âmes dans son interprétation. Les gens englués dans l'ignorance et l'obscurantisme sont gouvernés par les pulsions de leur ego, et par conséquent vivent dans l'époque de l'ignorance, même si l'on est au vingt et unième siècle. Leur interprétation des textes sacrés, de la Bible, des Evangiles et du Coran correspond au niveau très bas et très matérialiste de leur compréhension et de leur imagination. L'on ne peut pas accuser le texte, si son interprétation est erronée.
"Djihad" signifie « effort suprême » et est dérivé de la racine « Djahd » signifiant « effort ». Celui qui emploie ses efforts à fond afin de parvenir à un objectif important est un «Modjahid ». "Djihad" et tous les mots qui en sont dérivés font parties du vocabulaire coranique et on les trouve 41 fois employés dans le texte saint. Le "Djihad" est l'un des 8 piliers de la foi islamiques ?selon les chiites- étant rangés de la manière suivante : Salat (prière quotidienne), Soum (jeûne), Khoms et zakat (deux impôts religieux), Hadj (pèlerinage à la Mecque), Djihad (employer ses efforts pour Dieu), Amr bil Ma'rouf (ordonner son esprit à faire de la bienfaisance), Nahi menal Monkar (empêcher son ego de commettre de mauvais actes). (Selon les sunnites les obligations religieuses des musulmans sont cinq : Salat ; Zakat ; Soum ; Hadj ; Djihad).
Le Coran décrit les fidèles comme étant des gens qui font régulièrement leur prière, paient leur impôt religieux, et emploient beaucoup d'efforts en sacrifiant leurs biens matériels et leur « ego », sur le chemin de Dieu. En d'autres termes pour devenir un bon musulman il faut respecter l'importance du Djihad. Mais contrairement à ce que l'on croit souvent de nos jours, l'obligation religieuse de "Djihad" est absolument privée de tout sens guerrier . Les mots qui désignent la guerre et employés par le Coran sont « harb » et « Kétâl », avec leurs dérivés:

a)- « Harb » est une sorte de guerre qui peut être déclarée par un individu ou un groupe d'hommes contre des ennemis moraux ou physiques. Par exemple le verset deux cents soixante quinze de la deuxième Sourate (ensemble de versets) du Coran (Bakara) condamne fermement « l'usure » et parle ainsi:
« Dieu autorisa la vente et interdit l'usure. (275/II) Ô vous les croyants! respectez la volonté de Dieu et renoncez- si vous êtes réellement des croyants- à ce qui vous reste de profit de l'usure. Mais si vous ne le faites pas, préparez vous à la guerre (Harb) que Dieu et son prophète envisagent contre vous» (279/II)
Dans un autre verset le Coran parle ainsi :
« Chaque fois que les ennemis essaient de provoquer le feu de la guerre (harb), Dieu l'éteint » (64/V)

b)- « Kétâl» signifie « engager des actions guerrières ». Le « Kétâl» peut être négatif si c'est pour bafouer la justice et opprimer la liberté d'un peuple, et positif si c'est pour défendre légitimement la vie, la dignité, les biens, l'habitation de soi-même ou d'autrui contre un ennemi envahisseur et agressif. Dieu a permis aux musulmans de faire la guerre contre les infidèles lorsque le prophète et ses compagnons ont été obligés de quitter injustement la Mecque vers Médine et attaqués par leurs ennemis à plusieurs reprises; le verset trente neuf de la sourate « Hàdj » qui marque cet évènement historique emploie le mot « Kétâl » et non pas « Djihad »: « L'autorisation a été délivrée à ceux qui résistent militairement (yokâtéloun) puisqu'ils ont été opprimés et Dieu est capable de leur accorder la victoire » (39/XXII)
En outre le Coran fait allusion à la confrontation militaire entre les compagnons des prophètes dans une position défensive et leurs adversaires envahisseurs dans divers versets en employant quasi exclusivement le mot «Guetal», dont voici un exemple concernant l'histoire de l'affrontement entre les Israéliens gouvernés par David et leurs ennemis dirigés par Goliat (245-251/II) :
« N'as-tu pas vu les Anciens des fils d'Israël après Moise, quand ils dirent au prophète de leur temps « désigne un roi pour nous, pour que sous son commandement nous combattions (gâtàtà) dans le chemin de Dieu... Il nous est impossible de ne pas combattre (gâtàlà)sur la voie de Dieu puisque nous avons été chassés de nos habitations et séparés de nos familles... » Leur prophète leur répondit: « Dieu vous a envoyé Saül comme roi. » Ils dirent: « Nous ne sommes pas capables de résister aujourd'hui devant Goliat et son armée. » Mais ceux parmi eux qui croyaient rencontrer Dieu répondirent: « Combien de fois un petit groupe d'hommes a vaincu une troupe nombreuse, avec l'autorisation de Dieu.
Dieu est avec ceux qui sont patients ». Ils mirent enfin leur ennemi en fuite, avec l'autorisation de Dieu, et David élimina Goliat. Dieu accorda à David la royauté et la sagesse; il lui enseigna ce qu'il voulait . »
Juste à la suite de ces versets Le Coran fait cette déduction: « Si Dieu ne repoussait pas certains hommes par l'intermédiaire d'autres, la terre serait envahie par la corruption » (251/II) et fait également cette remarque:
« Combattez (Kâtélou)sur la voie de Dieu, sachez que Dieu entend et connaît tout » (243/II).
L'on en déduit donc que selon la logique du Coran, la résistance devant l'injustice, l'invasion et la barbarie est un acte légitime. Mais malgré ce constat il faut souligner que dans tous les versets cités à ce sujet le mot « Djihad » n'a pas du tout été employé ; mais «kétâl» ou «mokâtéleh» sont utilisés. En d'autres termes «Djihad» ne correspond pas du tout à une action militaire, que celle-ci soit offensive ou défensive.
Le mot «Djihad» signifie « un effort très important », et correspond à une action intérieure individuelle que chaque «croyant» est invité à entreprendre pour s'approcher graduellement du but final de son ascension ésotérique vers Allah. A ce sujet le Coran donne cette précision:
« Ceux qui emploient tous leurs efforts sur nous(jâhàdou), nous allons les guider vers nos chemins » (69/29) et dans la même sourate, ce verset complète l'explication: « Celui qui fait le djihad, le fait pour son propre bien » ou « celui qui lutte, lutte pour dresser son nafs ». (Man jâhàdà faénnàmâ youjâhid lé nafseh » (6/29).
Ainsi Djihad n'est en fait qu'un combat que chaque croyant déclare à l'intérieur de lui-même contre ses pulsions primitives et les poussés instinctives. Durant cette lutte acharnée et sans merci, le croyant essaye de développer en lui de plus en plus les attributs humains et chevaleresques, tels que l'amitié, l'amour, le don envers autrui,. tout en réprimant les caractéristiques négatives tels que la jalousie, la rancune, la méchanceté;...

Nafs
L'objectif de le Djihad est de combattre le « nafs ». En fait «nafs » ne signifie pas réellement " âme " mais plutôt " ego ", partie de nous même porteuse des pulsions instinctives à l'origine de la barbarie, de l'obscurantisme et de l'ignorance ; «nafs» est l'aspect le plus primitif de l'être humain correspondant au cerveau reptilien . C'est sous la pression du nafs que l'homme reste , en général, dans le domaine de la loi de la jungle. Nafs est en complète contradiction avec tout ce qui relève de l'esprit divin.
Attar , poète mystique persan du 6ème siècle de l'hégire, compare le nafs et ses caractéristiques à une jungle dominée par divers animaux tels que le loup de la sauvagerie, le renard de la ruse, l'ours de la sexualité, le tigre de l'agressivité, le serpent , la chauve-souris , le scorpion, etc... Le croyant a l'obligation de combattre tous ces animaux afin de modifier la jungle de sa personnalité en un jardin de fleurs et de parfums. Mowlana de Balkh, le célèbre poète mystique persan du septième siècle -connu sous le surnom de Rûmi en Occident- compare le Nafs à un dragon possédant sept cents têtes dressées chacune entre le ciel et la terre. Les prophètes viennent de la part de Dieu pour appeler les hommes à se réveiller du sommeil de l'égoïsme et distinguer la source du danger qui est camouflée en eux-même. Le Coran précise:
« Je n'acquitte pas mon nafs; puisque le nafs ordonne sans cesse des actes malsains »;(53/XII) et Moïse lance cet appel explicite aux croyants « Ô peuple, revenez vers votre Seigneur et tuez votre nafs»(54/II). Combattre le « nafs commandant des mauvaises actions » (àmmarà bissou')est une condition nécessaire pour faire évoluer l'âme vers les valeurs supérieures de l'humanité , de l'unité , et de la divinité . En supprimant ce premier obstacle, l'individu peut se conformer petit à petit à l'image de Dieu, et à la fin d'un voyage long et difficile il pourra devenir son vicaire. C'est pour celà que le croyant ne peut jamais se séparer de son épée de piété, ni jamais renoncer à ce combat intérieur. Les mystiques expliquent que l'homme peut en réalité parvenir à surmonter et dépasser ces étapes successives pour finalement réaliser et actualiser l'image de Dieu en lui même grâce au Djihad; elle est la seule garantie du marcheur contre les vicissitudes de son nafs.
Le premier appel des prophètes à leurs interlocuteurs est d'engager un Djihad, parce que cet effort suprême ouvre la porte du perfectionnement : un Djihad contre son propre ego, puisque l'ennemi le plus farouche de chacun de nous est notre propre nafs, et tant que nous n'arrivons pas à maîtriser notre nafs, nous ne pouvons pas développer les capacités latentes cachées en nous.


La distinction entre les djihad
Alors dans la « sunna » (la tradition musulmane) les « fogaha » (docteurs en Droit musulman) ont distingué trois sortes de "Djihad" à savoir le "Djihad" le plus grand ("Djihad" al-akbar) - celui contre l'ennemi intérieur - ; "Djihad" al-asgar (Djihad le plus petit) ; - celui contre l'ennemi extérieur pour défendre la religion- ; et le "Djihad" le plus noble ("Djihad" al-afdal). Ce dernier signifie « dire la vérité devant un oppresseur. » (hadith cité par Muslim et Bokhari) L'un des évènements survenus lors des guerres des premiers temps de l'Islam clarifie l'importance du sens évolutif et spirituel du "Djihad" Un jour, lorsque le prophète et son entourage furent attaqués par l'armée d'une tribu païenne ; les musulmans résistèrent sur leurs positions défensives et gagnèrent la bataille ; après la retraite de l'armée ennemie, le prophète trouva les musulmans très satisfaits des efforts engagés et de leur victoire, et leur lança : " Nous retournons maintenant de cette petite bataille vers la grande bataille et engageons maintenant le Djihad le plus grande ".(Farajénâ ménal djihad alasgar elâ aldjihad alakbar)
(Hadith cité par Muslim et Bokhari et cité par Mowlana dans Maçnawi/v I)

Les musulmans, vraisemblablement choqués par ces paroles répliquèrent : " mais c'est l'ennemi le plus mortel que nous avons vaincu ! " et Muhammad répliqua : " Non, votre plus grand ennemi réside en chacun de vous même ; il faut que chacun combatte son propre ego ".(à'dâ àdovokom alnafs allati baina djanbeikom) . A ce propos Mowlana de Balkh fait cette remarque :
« Considère comme peu valeureux un lion qui fonce les rangs des ennemis; considère comme le véritable lion celui qui se vainc lui-même »(Maçnawi/ v I./P.38)

Suicide
Le prophète de l'Islam a dit : " Mourez avant que la mort ne vous prenne ».(Hadith cité par Muslem et Bokhari et raconté par Sanaï/ Divan Qassayed) De l'avis des théologiens, des interprètes et des mystiques, cette phrase fait allusion au principe de l'évolution substantielle: puisque l'homme est un être qui se développe et qui se surpasse, il est le seul « animal » qui sait maîtriser ses pulsions instinctives pour permettre à son esprit de se perfectionner. En fait l'homme est composé d'une existence et d'une substance. Cette dernière est une réalité évolutive. Chaque individu peut devenir à chaque instant un démon ou un ange. Il devient radicalement un démon si les pulsions démoniaques de son ego prennent le dessus, ou un ange si les attributs angéliques de son esprit occupent le terrain. Entre le démon et l'ange la lutte ne s'arrête qu'une fois que la victoire est acquise par l'une de deux parties adverses. Un combat perpétuel a lieu, symbolisé par la lutte entre un aigle et un dragon. Les mauvaises interprétations exposées par des gens n'étant pas habilités à commenter les textes saints ont donné jour à beaucoup d'amalgames à propos de ce hadith. La parole de Mohammed « Mourez avant que la mort ne vous cherche» ainsi que le verset coranique citant la parole de Moïse « revenez vers Dieu et tuez vos nafs », n'incitent pas à des actes suicidaires, mais au perfectionnement. Car l'acte le plus détestable aux yeux de Dieu et de ses prophètes est le suicide, puisque par le suicide nous arrêtons définitivement le processus de l'évolution de notre substance. Engager tout acte suicidaire est interdit explicitement par le Coran dans un verset qui dit : " Ne prenez pas de risques qui pourraient vous coûter la vie ".(195/II)

Préserver sa vie et la vie des autres est la plus haute responsabilité de l'être humain ; celui qui se suicide tue un individu : lui-même ; or le Coran stipule que " le fait de tuer une seule personne . est comme si l' on anéantissait l'humanité entière, et le fait de rendre la vie à quelqu'un est comme si l'on rendait la vie à l'humanité toute entière "(32/V).

 

 

bonyad@erfan-gonabadi.com